Texte du sujet: Rencontres, sujet 2 : "Rencontre marquante"

Je n'ai pas rencontré Hélène Rollès, l'idole des jeunes, chanteuse interplanétaire et actrice aux nombreux oscars non reçus malgré un mérite indiscutable. Mon Hélène, bien que moins connue, a, à mon humble avis, beaucoup plus de mérite.

J'avais 18 ans, toutes mes dents, et ça faisait quelques mois que j'avais déménagé dans la grande ville pour y faire mes études. Je venais de la campagne et si les chèvres, les vaches, les moutons et les chevaux ne me faisaient pas peur, on m'avait appris à me méfier de la forêt qui pouvait être infestée de serpents, d'animaux sauvages meurtriers et de pédophiles. Attention, mes parents n'étaient pas du genre à spécifiquement me terrifier mais disons que j'étais facilement impressionnable et surtout extrêmement crédule. De fait, la perspective de me retrouver en ville, loin des forêts et des champs, me foutait encore plus la frousse. Autant te dire que les premiers mois là-bas, lorsqu'il était presque 20h, je paniquais à l'idée d'être encore dehors, devenant une proie volontaire aux agressions en tout genre. J'étais froussarde.

Pourtant, comme je l'avais appris dans les films, ce sont toujours ceux qui renvoient une image de faiblesse qui se font attaquer en premier. Autant te dire que y'avait sacrément matière à se marrer quand je déambulais dans les rues avec mes fringues de pseudo badass, mes sourcils froncés et mon sac tagué avec des noms de groupes de métal et des "fuck the system". Tout hurlait "crise d'adolescence" alors qu'au fond, comme tous les ados, je manquais surtout de confiance en moi.

Un soir, en rentrant d'une longue journée de cours à la fac, je rencontre Florent. Le gars me dit qu'il habite près de chez moi, qu'il connaît une fille avec qui je m'entendrais bien. Il me suit, il veut venir chez moi. En mode badass, je lui sors un discours de merde sur le fait que je suis trop dark, que faut pas s'approcher moi parce que je suis dangereuse toussa toussa, que j'ai un copain en plus alors hein... Florent, patient mais pas con, joue le jeu, ne fuit pas, mais ne m'enfonce pas la gueule dans mon bullshit non plus.
Le lendemain, je le croise à la fac. J'ai un peu honte de toutes les conneries que je lui ai sorties. Il me voit, sourit de toutes ses dents et me dit "viens, je vais te présenter ta future meilleure amie !". Je m'approche. La nana en question se tourne vers moi, me sourit, me dit "j'habite dans ton immeuble en plus ! On se voit ce soir ? A 20h ? Passe chez moi !". Okay. Le truc le plus improbable qui me soit arrivé dans ma vie jusque là. Oui, je précise le "jusque là" pour une bonne raison...

La journée se passe. Il est presque 20h. Ma mère m'a appris à toujours bien être à l'heure, je toque à la porte d'Hélène à 19h59. Elle m'ouvre, me montre sa piaule (9m², t'as vite fait le tour) et me lâche un "t'as faim ?". Moi "ouais". Elle : "viens, je te paie du McDo".
Si tu veux, de mon point de vue de gamine qui apprend la vie, qui a confiance en personne et qui se méfie du moindre bruit, j'étais un peu sur le cul qu'une parfaite inconnue me prenne sous son aile.

Plus tard, Hélène m'a fait ma première dread, parce qu'elle savait faire, qu'elle trouvait ça fun et que surtout, je voulais, moi aussi, faire partie du crew des gens cools avec des dreads (et aussi parce que mes cheveux ayant toujours été rebelles, pousser leur côté nawak à son paroxysme me semblait une bonne idée). Ca a l'air de rien mais pour moi, c'était une première étape vers l'audace de s'accepter soi-même, d'oser changer.

Je me rappelle d'un soir où on traînait dans le centre ville, loin de chez nous, et où on s'est fait interpeller par un clodo. Le mec puait, était clairement ivre et je ne comprenais rien à ce qu'il bavait. Avec ça comme info, je me suis mise à flipper qu'ils nous agresse. Hélène, parfaitement détendue, s'est mise à discuter avec lui, à rigoler avec lui, à le traiter comme n'importe qui. Il ne l'a jamais insultée, ni agressée. Ça a été bref mais ce moment m'a permis de comprendre que tout ce qu'on voit à la télé nous permet de se construire des stéréotypes, qu'on apprend à avoir peur de ce qu'on ne connaît pas mais que surtout, à rester dans nos a priori, on risque de passer à côté de moments complices avec de chouettes personnalités. Hélène m'a permis d'ouvrir les yeux sur l'humain et surtout sur le fait qu'en ville, même après 20h, on ne risque pas forcément sa peau.

Quelques années plus tard, Hélène a déménagé. De sa petite chambre d'étudiante, elle est passée au studio d'étudiant, puis a quitté la bulle estudiantine pour rejoindre les appartements à caution, avec un vrai gros loyer à payer, avec les charges, les garants, et les emmerdes qui vont avec. Moi je suis restée un peu plus longtemps dans ma bulle, parce que c'était moins cher mais peut-être aussi parce que j'avais un peu peur d'évoluer trop vite.
Pendant que je restais dans mon cursus tout tracé mais ennuyeux de l'université, elle s'est réorientée, elle a saisit des opportunités, elle s'est lancée dans le journalisme, elle s'est investie dans un projet de radio en tant que bénévole, elle a commencé sa vraie vie. Le fait qu'elle se lance dans ces aventures, visiblement, sans peur, m'a toujours fascinée et inspirée. Je pense qu'il y a beaucoup de choses que je n'aurais pas réalisées si elle n'avait pas été mon éclaireur. J'essaie à chaque fois je lui rappelé, quand elle est prise de doutes, quelle force elle a en elle et surtout tout ce qu'elle a fait pour moi. Je sais que souvent, elle n'y croit pas, mais elle devrait. Hélène, c'est un peu mon messie à moi : la personne qui m'a ouvert les yeux, qui m'a permis de découvrir, comprendre et d'avancer dans le monde, qui m'a offert la capacité d'écouter les autres, de détruire les préjugés que je pouvais avoir.

Ce premier soir, on a ri, on s'est confié, on a bouffé, plein, et surtout, ça a été le début d'une aventure qui continue encore aujourd'hui, même si on n'habite plus le même bâtiment, qu'on n'habite même plus le même pays. Sans Hélène, ma vie n'aurait pas été la même. Encore aujourd'hui, elle m'aide à avancer, à ne pas perdre espoir, à avoir confiance, à oser. Il n'y a pas beaucoup de personnes qui pourraient se vanter d'avoir changer une vie et de continuer d'y apporter tellement de positifs après autant d'années. Et je pense que c'est aussi ça qui fait son charme : elle ne se rend pas compte de tout ce dont elle est capable.

À mon avis, elle passera pas ici alors je te le redis : je t'aime et encore merci pour tout. <3

Partager

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to StumbleuponSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn
MaHell
c'est adorable, je suis en mode chialance là ! et maintenant je connais le vrai prénom de Leeloo mouahahaha !!
Justine
Une histoire très touchante :)
Leeloorocks
T'es con. <3

Je t'aime aussi.

Fort.

Et je suis obligée de faire la grande et de pas chialer parce que je suis au boulot, mais le cœur y est, tu le sais.


Commentaires réservés aux utilisateurs inscrits.