Texte du sujet: "Temps", sujet 2 : "Temps présent, instant fugace"

Devenir autrui, déraciné ce qu'on fût, démantelé son destin. Je crois en la réalité de mes rêves. Rencontrer mon corps usé à différents âges est un quotidien envoûtant, bien que lugubre. Voilà bien quatre ans que ces rêves existent, persiste. Quatre ans que je ne les comprends pas. Trente-six, soixante, ou quatre-vingts ans, je suis immortelle. Je ne risque rien. J'emprunte la passerelle du temps au travers des rêves. Une passe-rêve. Aujourd'hui rien à déclarer, l'extension de soi sur le sol froid, un matin de plaisir. Les minutes ne me semblent plus défiler à toute allure, je ne pense plus. Un café ? oh.! restons à moitié endormi, encore un peu. Ce vertige cérébral se dissipe au fur et à mesure. Je suis pure. Le facteur sonne, je ne suis pas bien vêtu mais je m'en moque. Ce matin il en faudra bien plus pour me réinsérer dans le réelle. Une facture en recommandé, je ris. Je la déchire.

Les salauds... ils sont fort, très fort. Bon, pas le choix, il est temps de s'habiller. À cette heure-ci il faut faire les quartiers touristiques, allons à Montmartre. j'entends d'ici le tintement de leur bourse prête à payer mes factures. C'est quelques portes feuilles plus tard que je m'assois en terrasse, j'ai bien assez pour me payer un verre. Je prendrai le soin de rendre les papiers au poste de police le plus proche tout à l'heure. J'irai ensuite me glisser dans les quartiers chics, disparaître n'ai pas utile, au contraire. Prenons l'espace, je leur partage de ma compagnie en échange de quoi j'aurai un salaire, voilà, je fais du sociale. Je relève la tête, je rêve encore. Je le sais puisque je suis en face de moi. Je me fixe du regard. Il s'avance à ma rencontre, les traits de son visage son bien plus prononcés que les miens. Sa chemise blanche à pois devint rapidement rouge écarlate, progressivement. Il s'assoit à mes côtés. Fixe l'horizon. Dieu sait combien de temps il est resté à mes côtés. On n'a pas échangé un mot...

Il se redressa une fois notre verre fini. Sa chemise était sèche. Des gouttes s'écoulait sous sa chaise, il y avais maintenant une flaque. Je t'avais prévenu, rien ne peut me réinsérer dans le réelle aujourd'hui, rien ne pourra plus jamais me surprendre.

Un bruit sourd retenti, le sifflement atroce persistait après son coup d'éclat. Ma chaise bascula vers l'arrière, mon corps s'écrasa sur le sol. Dans un mouvement de panique quelqu'un me redressa la tête, une femme. C'était agréable bien que je n'ai pas compris clairement ce qu'elle me dit. Je n'ai pas bien vu à quoi elle ressemblait, j'espère qu'elle était jolie. Mon costume flambe en neuf n'avait plus fière allure. Dire que ça m'a coûté un bras et maintenant le voici... rouge ? Oui, c'est bien aussi le rouge. Je n'aurai pas pu payer mes factures, j'ai finalement résisté au réel, j'ai vaincu.

FIN

 

Vipo

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plancton2000
J'aime beaucoup la fluidité et la musicalité de ton style. Je trouve qu'il y a une qualité d'introspection assez prenante dans ce texte

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